DEUIL - TRAVAIL DE DEUIL
S'il est une épreuve à laquelle nous sommes tous confrontés un jour ou l'autre c'est celle du deuil.
Que nous soyons préparés ou non à y faire face, lorsque cette épreuve survient, elle déclenche immanquablement une foule de sentiments, d'émotions, d'interrogations, qui nous prennent d'une manière ou d'une autre au dépourvu.
Qu'il s'agisse de la perte d'une personne âgée en fin de vie, du départ brutal d'un enfant, d'un frère, d'une soeur, d'un ami,.... dans tous les cas se joue à ce moment là un événement qui vient faire écho au plus profond de notre intimité. Et c'est précisément parce que le deuil touche à cette intimité qu'il ne peut être appréhendé par chacun de nous de la même façon.
Certes, des lignes de force d'un même vécu douloureux se dégagent bien souvent.
Deux mères ayant perdu un enfant, se comprennent sans avoir à expliquer leur ressenti.
Les non-dits, les silences, les émotions, suffisant à partager une expérience à travers laquelle leur existence en a été bouleversée. Ressentis identiques - ou différents - pour les pères, pour le reste de la famille, prouvant s'il en est, que le deuil est d'abord et avant tout un cheminement individuel et doit être accepté, respecté comme tel.
Une abondante littérature a été écrite sur ce thème abordant tout autant les aspects psychologiques, spirituels, matériels, que leurs intrications réciproques.
Je me contenterai d'aborder ici quelques questions fréquemment posées dès que débute cette période difficile.
"EST-CE QUE JE VAIS OUBLIER ?"
Question clef derrière laquelle se profile en filigrane une autre plus lourde à porter :
"Combien de temps vais-je souffrir ?"
Et derrière elle, une autre interrogation plus enfouie et plus lourde encore :"Si j'oublie un jour, serai-je coupable d'avoir oublié ?"
Oublier ? Peut-on oublier la naissance du premier enfant, la première rencontre, la première déception amoureuse ? Non bien sûr. On n'oublie pas, mais on y repense autrement.
D'une manière ou d'une autre, le temps fait son oeuvre et la personne disparue prend une autre place dans la vie. Le manque de l'absence fait place au souvenir.
On parle alors du travail de deuil. Car c'est vrai qu'au delà du "travail" conscient qui accompagne le deuil, se joue en arrière plan du psychisme un remaniement inconscient, un autre travail qui vise à lui garantir un fonctionnement apaisé sans en épuiser les réserves.
LES AUTRES NE REAGISSENT PAS COMME MOI !
Nous sommes ici au coeur même de l'intimité du vécu du deuil.
Lorsque surgissent mille et une questions à propos desquelles on se demande si c'est bien ou si c'est mal. Si c'est comme cela qu'il faut faire...Si d'autres ont fait ou feraient la même chose.
Si ceux qui "se mettent à (ma) place" ont connu situation identique.
Faut-il se séparer de certains objets ? maintenant ? plus tard ?
Que faire si on n'a pas la force d'aller au cimetière ?
Faut-il organiser une petite réunion de famille et quand ?
Autant de questions où il apparaît que chacun n'apporte pas forcément la même réponse et qui, à la longue, finissent par créer des tensions, des incompréhensions.
Que faire alors ?
Tout d'abord laisser à chacun la liberté de gérer son espace personnel comme il l'entend.
Pour l'un, prier, ce sera se recueillir dans un lieu dévolu au culte.
Pour l'autre, ce sera consacrer quelques pensées dans le silence chez soi, à la lueur d'une petite bougie.
Untel, aura envie de revoir des photos
Tel autre ne parviendra pas à rouvrir l'album de toute une vie....
Chacun avancera à son rythme, selon sa conscience.
Quand il s'agira de prendre des décisions communes, il conviendra alors de réserver un temps pour cela, de faire une pause afin que chacun apporte son point de vue, sans préjugé, sans a-priori.
Il sera bon de se rappeler que tout le monde n'entretenait pas la même relation avec le (la) défunt(e), et que de ce fait, il n'y a pas d'un côté, les indifférents qui ne souffrent pas ou ne souffrent plus, de l'autre, les vrais amis qui souffrent encore.
Il n' y a pas ceux qui n'ont pas de coeur, pas de chagrin, et ceux qui ne font aucun effort pour s'en sortir.
Il y a chacun avec son histoire, sa sensibilité, sa façon d'extérioriser ou non sa peine, le sens qu'il donne à la vie, le sens qu'il donne à la mort.
Maurice Gaillard / Psychologue - Vincennes