LE CYCLE DU CARBONE

06 mars 2016
Publié par Ecole De Musique

Les oubliés du cycle du carbone
terre - par Jacques-Olivier Baruch dans mensuel n°428 daté mars 2009 à la page 12 (512 mots)
Les poissons fabriquent continuellement des carbonates de calcium. Leur rôle dans l'accumulation du carbone dans les océans est loin d'être négligeable.

La moitié de la quantité de carbone atmosphérique émis chaque année est emmagasinée dans les océans, soit en se dissolvant directement dans l'eau, soit en étant absorbé par le plancton. Vingt pour cent de ce carbone est stocké sous forme de carbonate de calcium. Pour évaluer cette valeur, les biochimistes ne prennent en compte que le zooplancton marin à « squelette », tels les coccolithophoridés et les foraminifères, au vu de l'énorme biomasse qu'il représente. Or, contrairement à ce qu'ils pensent, le rôle des poissons n'est pas négligeable. C'est ce que viennent de montrer, chiffres à l'appui, le physiologiste Rod Wilson, de l'université d'Exeter, au Royaume-Uni, et ses collègues américains et canadiens [1] .

Les poissons osseux, c'est-à-dire la grande majorité des poissons, sécrètent effectivement des carbonates de calcium. Car ils avalent sans arrêt de l'eau de mer. Cette eau est riche en calcium, en magnésium et en dioxyde de carbone dissous. En passant dans leur intestin, son pH atteint entre 8,5 et 9,2, et des ions bicarbonates sont sécrétés. En réagissant avec ces derniers, les ions calcium et magnésium de l'eau précipitent alors en carbonates insolubles. Ceux-ci sont ensuite excrétés, soit continuellement sous forme de boulettes ou de tubes mélangés à du mucus, soit incorporés dans leurs fèces après que les poissons ont mangé.

Pour parvenir à quantifier ces carbonates de calcium produits par les poissons, Rod Wilson et son équipe sont partis de la production de deux espèces, le flet européen et le poisson-crapaud tropical. Chaque heure ils rejettent entre 18 et 40 micromoles de carbone par kilo de poisson sous forme de calcite riche en magnésium. L'écart provient des différences de métabolisme. Plus un poisson est petit ou plus les eaux qu'il avale sont chaudes, plus son carbonate de calcium précipite.

Forte de ce résultat, l'équipe a ensuite calculé la contribution totale des poissons en carbonates en évaluant leur masse totale et la répartition des températures à travers les océans. Avec, suivant les modèles utilisés, entre 812 millions et 2,05 milliards de tonnes de poissons osseux dans le monde, elle estime que ces animaux produisent annuellement entre 40 et 110 millions de tonnes de carbonates de calcium. Cela représente entre 2,7 et 15,4 % de la production totale de carbonates de calcium dans les eaux superficielles. Ce qui n'est pas négligeable.

Les auteurs avertissent : les calculs qu'ils ont effectués ont des marges d'erreurs importantes. Les valeurs qu'ils indiquent tiennent compte des hypothèses les plus prudentes. S'ils avaient choisi des options plus favorables, il faudrait multiplier par trois la fourchette indiquée. Les poissons pourraient ainsi contribuer jusqu'à 45 % de la production de carbonates de calcium dans les océans.

Comme la moitié de la population de poissons vit dans seulement 17 % de la surface océanique, ces espèces pourraient être, dans ces zones, la source principale de carbonates. Leur oubli dans le décompte final est donc une source d'erreur importante dans la compréhension du cycle du carbone inorganique.

Par Jacques-Olivier Baruch

 

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